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PAGE n°2 . Lire roman gratuit sur le net : "Iam où l'oeuvre inachevée" de Lili-oto . Net art. Web art

par lili oto artiste plasticien 30 Janvier 1998, 18:00 Jeff Koons


Iame où l'oeuvre inachevée Roman Page n°2 de Lili-oto

  

I
am
 
où 
l'oeuvre inachevée


Roman 

Lili-oto




-




Autoédition

Edité par l'artiste sur le net

gratuit et épisodique



Art Contemporain
livre
net Art/web Art



 

 

 

 

ROMAN PAGE n°2  (voir lien en bas de cette page pour la page n°1)

  

          Surseoir à statuer ! Seul juge, le Temps, se dessaisira pour les générations futures aptes uniquement à établir le montant des griefs et des préjudices créés par l'attitude faussement élitiste de ces fonctionnaires emphatiques et sentencieux de culture à la pompe rose dans ses contours et arriviste dans l'âme! Si les Musées d'Art Contemporain sont bien la volonté de l'état et donc du peuple, il y a griefs et préjudices lorsque des voix contredisent cette perception nombriliste et mégalomane de la fonction d'état... Seul les artistes avaient compétence en ce domaine et si une partie d'entre eux valorisait une autre approche de la charnière Art et Culture, c'est à eux seuls qu'en revenait la primeur... Lorsque élus de tout bord épaulaient de nouvelles émergences artistiques coopérant avec des fonctionnaires plus que zélés dans l'attribution d'aides et subventions, nous ne dirons pas qu'ils furent ni des voyous ou des concurrents déloyaux usant des deniers de l'état pour affirmer leur seul choix cultureux afin de légitimer leur petit pouvoir de merde... N'allons pas si loin ! Soyons savant et poli, sanctionnons ces vingt dernières années qui boucleront ce siècle de culture de litispendance... Ces artistes ont existé comme ces musées et ils sont saisis tous deux du même objet, l'Art, mais sous deux juridiction différentes, aux premiers la liberté et aux second l'appareil d'état... Ce qu'il restera des premiers sera réduit à une peau de chagrin car leur patrimoine volatilisé aux grès des créances et des créanciers, au pire à l'autodestruction, entravera le bonne démarche de l'histoire de l'art et de son état des lieux, crise oblige! Des seconds, l'histoire confortera cette idée prédominante de la culture sur l'art. Cultures qui ont toujours le reflet des pouvoirs ou contre-pouvoirs, cultures tissées de réseaux honorifiques charpentés d'honoraires à la solde des ordres...

 

Lorsque Yame a l'impression d'emmener avec elle cet odeur de plastique chauffé, que son corps et ses vêtements en sont totalement imprégnés... Elle stoppe!

 

Lorsque la chute arrive, elle a l'impression d'avoir mangé son rêve. Dans cet état, elle est aigrie et agressive. Yame n'aime plus manger ses rêves. Ses doigts sont fatigués d'avoir jonglé avec le clavier de sa vieille machine à écrire. Ses pieds parfument la pièce. Son slip court le long de ses jambes, un frisson parcourt son bas ventre à la pensée de son corps.

Elle s'enfonce dans les draps. Elle le voit caressant son clitoris... Sous la pression de quelques gémissements ses cils s'entrelacent... Son coeur sursaute ! Le communicant sonne, c'est lui !

 

- Je viens de voir ma tante

- Oui...

- Samedi... Pour sa fête... J'invite des amis... Tu crois que je peux inviter...

- Bien sûr ! Ce sont mes amis donc tes amis... >>. Silence... Elle cherche ses mots...

Je t'aime bien ! Je ne peux pas inviter tes amis sans t'inviter !". Silence fatal... Elle raccroche. Désagréable... Insomnie.

 

Attente... La radio s'est éteinte... Le central est au repos. Deux chauffeurs montent à l'arrière de son véhicule, Yame est en tête de station. Saint Paul, La stations des Babas, la station des fumeurs de pétards, la station des bringueurs, la station des couches tard, la station des gays... Une station de taxi singulière différentes de celles de la place des Terreaux , des Jacobins ou de Bellecour... Une station quoi ! Elle a l'indicatif rouge trente huit. Longue discussion sur les problèmes du job... Et les loueurs... Et les loueurs... Toujours la même rengaine : "Des enculés!". Lassant à la fin ! Un appel à la radio, Giorgio m'envoie la sauce, c'est pour moi !. Les copains descendent, le diesel ronfle et la ville en sommeil sniffe une fois de plus mon petit coup de soupape... Yame remonte les quais, les immeubles obliquent sous l'aplomb de son phare gauche. Réverbères, signalétiques et enseignes brisent ses lumières et déforment ses pupilles... D'un régime à l'autre, hanches, pédales et levier guident son contrôle des poids et des mesures d'un cachet plombé des taxes et détaxes... Résidence d'utilité publique en boîte de conserve que d'autres au pied des vitrines de l'avenue de la Grande Armée, étoilent de leur généreux décolletés, l'indispensable légèreté de l'être dont Foch fut aussi assiégée. Lyon discrète ventile. Paris poète, triangule.

 

C'est une cliente... Elle attend dans le hall d'entrée. Elle est mignonne, trente ans, une belle brune. Elle a un peu bu. Ses sourires sont généreux. Quelques mots agréables et elles foncent à travers la banlieue. Bonne course, banlieue à banlieue! Feu rouge. leurs yeux se croisent dans le rétroviseur. la cliente se penche entre les deux dossiers obligeant son bassin à un écart digne d'un phallique coup de coude de Yame. Elle rit.

- Vous travaillez toujours la nuit ?

- Oui... Toujours

- Vous n'avez pas peur ?

- De quoi ?

- Que sa porte atteinte à ta virilité!". Sa main caresse la queue de cheval de Yame ...

- Non !

Sourires... Regards croisés... Le v de ses hanches s'offre généreusement au coude de Yame. Yame hésite un instant à retirer sa main du levier de vitesse...

- C'est quoi les fantasmes d'une chauffeuse de taxi ?

Silence... Regards... Complicité... Elle fait glisser la queue de cheval de Yame dans le creux de sa main. Yame sent les articulations de ses doigts courir le long de sa nuque... Frissons.

"C'est quoi ?" Elle insiste fortement et ce répète... Ses yeux sont rieurs, Yame capitule... Un silence habité d'émotion et d'obsession...

Aussitôt dit, aussitôt fait. Petite cliente charmante au slip bleu clair à mi mollets et d'une petite fleur bien brune éclairée dans les intermittences des réverbères. Son regard fouine le visage de Yame à travers le rétroviseur et feint de se poser sur ses lèvres puis interroge ses pupilles... Le cadre s'est fait de lui-même, déformant légèrement la réalité et se retranchant dans un angle de fuite saillant la perspective vissée dans ses feux. Les doigts de la jeune femme tournent autour de son bien-être... Yame arrête son compteur, le slip s'engouffre sous sa jupe. Elle se penche de nouveau et pose ses lèvres sur la joue de Yame. Son regard est perturbé, elle règle sa course et du bout de l'index elle découpe la buée de sa vitre tout en me souriant. Du cheminement de son doigt une fesse se lie à une autre tout en formant un coeur. Dehors sa main me fait un léger signe d'adieu comme une pétale grisant l'espace, voilure d'une éphémère amertume. Sa sensualité s'est engouffré en moi jonglant du présent comme l'onde d'un pinceau. De profundis...

 

La mémoire du peintre se refuse à la matérialité de son oeuvre, basique moment que de donner, de vendre ou de faire état !...

 

Il est dix-huit heures. Yame attend toujours son éventuel coup de téléphone. Alerte ! Elle décroche. C'est Tatoue, elle veut voir ses sculptures dans son atelier. Problème de couleurs, elle en veut une pour son restaurant. Yame la comprend... Elle est brésilienne, le soleil c'est sacré et bien sûr son spectre aussi. << Impossible ! J'attends un appel et je dois nourrir le clavier de ma machine, salut ! >>

Neuf heures quinze, toujours rien ! Il faut lui écrire. Elle change de feuilles... Malaises... << Mon... >> Non ! << Mon... >> Le correcteur aura le dernier mot, un blanc !

Doucement... Il plongea ses mains entre ses côtes

tout en prenant soin de ne pas blesser ses chairs

et il pris entre ses doigts ce petit poulpe.

Ecartant un à un tous ces minuscules canaux

qui lui influait la vie dans ce corps

si subitement inhabité.

Ses yeux se sont mouillés, ses tempes palpitaient.

Une multitude de paillettes scintillaient.

Au contact de son coeur, ses mains retrouvèrent

La chaleur de son corps qu'il avait si soudainement oublié. Chacun de ses soubresauts laissaient place a de petits échos ne reflétant que le bruissement

d'un son qui fut et qui se perd dans l'attente, l'attente...

Les échos s'accumulaient bousculant les différents mouvements du tempo et obligeaient son coeur à d'imperceptibles toussotements...

Son regard caressait cette fine pellicule

parsemée d'infimes gerçures;

son coeur avait eu froid...

Réfugié dans la pénombre, il avait manqué

à ce que l'on doit à soi-même.

Les bienfaits d'un regard

qui vient se poser dans

ces deux petites palettes

de gris et de bleu

surteintées

d'un léger

soupçon de

jaune...

 

Yame se lève et bondi jusqu'à la cuisine. Portes, frigo, placards rebondissent de vide, seul et émietté, perdu dans la corbeille en osier posée sur la table, le reste d'un pain sec. Quelques sucres et le pot de moutarde feront l'affaire... Yame casse un morceau de pain qu'elle trempe dans le pot de moutarde et qu'elle engloutit avec un sucre. Elle se baisse à hauteur du pot, plonge un sucre de moitié, le retire doucement et elle observe la petite bosse de moutarde dans l'intérieur du pot. Machinalement, elle donne le sucre à sa bouche qui grimace... Yame retourne à sa chaise de travail, prend sa guitare et chante n'importe quoi, histoire de se dire, de se dire...

- Mie marbre... Couleur moutarde... Blue red white sugar >>. Elle jette l'instrument sur son lit qui fait un bref passage dans le miroir et d'un ton dur et sans appel <<C'est vraiment plus possible ! >>. Elle recale une deuxième feuille sur le rouleau de la machine...

Alors...

Sa tête se redressa.

Ses yeux fouillèrent l'espace cherchant la source,

Ses poings se sont fermés et ses pupilles vibrèrent

de douleur...

Des cris rauques s'échappèrent l'obligeant

à écarter de plus en plus sa mâchoire

D'un geste brusque et violent,

il enfourna le poulpe dans sa bouche.

Un liquide chaud n'emmagasina dans sa gorge

ruisselant le long de ses lèvres

et sous l'impulsion d'un étouffement

La forme s'enfouit dans sa trachée.

Son coeur repris forme dans sa cavité

et sur ses lèvres l'on pouvait lire

qu'il y avait la volonté d'un sourire...

Tout autour de lui gisaient

des milliers de morceaux d'une image.

Votre visage qui tel un rayon de soleil

Sait faire la lumière dans mon atelier

Aux volets clos...

Je vous ai fait souffrir. Pardon.

 

Yame enferme les deux feuillets dans une enveloppe sur laquelle elle écrit son prénom et son nom. Elle prend une lame de rasoir dans le placard au dessus de l'évier puis s'allonge sur le canapé. Plus elle entaille les veines de son bras et moins elle a envie de partir. Alors, elle cesse. Elle se relève et tourne sur elle-même comme un conne... Sur le sol une ronde de goutte de sang encercle ses pieds. Elle les regardent et les souille du bout de sa chaussure. Puis elle retourne au placard tout en observant les traces de sang que ses semelles dessinent sur le carrelage. Elle se sent suivi, suivi par sa connerie... Elle entoure son poignet d'une bande et elle cherche dans la bibliothèque ce livre qu'elle lui avait emprunté tout en pensant à ce mot olibrius. Elle saisit le livre et en lit la postface comme si elle voulait l'apprendre par coeur. Ses yeux parcourent les mots machinalement. Au début lentement, puis de plus en plus vite : Angoisse. Annulation. Ascèse. Atopos. Attente. Cacher. Casés. Catastrophe. Circonscrire. Coeur. Comblement. Compassion. Comprendre. Conduite. Connivence. Contacts. Contingences. Corps. Déclaration. Dédicace. Démons. Dépendance... Dépendance, page quatre vingt dix sept ; figure dans laquelle l'opinion voit la condition même du sujet amoureux, asservi à l'objet aimé. Elle lit le contenu de deux autres figures puis elle s'endort. Le lendemain matin, le livre était encore sur son oreiller. Elle range les fragments d'un discours amoureux de Roland. Barthes entre Femmes et les carnets de la drôle de guerre pris eux-mêmes en sandwich entre la Disparition et L'espace du dedans. Lorsque son regard quitte les rayons, la couverture en papier du Voyeur heurte ses pensées. Sont-ils morts et tous vivants ? On y perd son latin et la notion de temps mais pas l'idée de perte... Pourtant sa pensée se double d'une tragédie : Aliénons ou transférons le vécu. Elle est heureuse de cette formule; Aliénons ou transférons le vécu ! Mais elle ne sait pas ce que ça veut dire... Moi non plus d'ailleurs, elle me pose une colle... Elle se gratte le nez car son sexe la démange... De toute façon, elle a le sexe omniprésent surtout si elle est amoureuse. Elle voudrait que le sexe de son amour soit toujours en elle, bien au chaud dans du mouillé et du très doux... Elle pense que le contact de son sexe féminin qui sourit à l'homme qu'elle aime a une texture, un touché qui est une effervescence câline dont la nature n'a pas d'équivalent.!.... Le tangible n'est-il pas cet acte déjà mort ou encore vivant confiné dans le réservoir d'une touffe de poils ! Un pinceau c'est le sexe d'un mec monté par une petite fleur, c'est unisexe... Et un balai! C'est l'antichambre de l'amour... Par contre l'urgence... On frappe à sa porte. C'est Pierre, un dossier à la main. Elle se dit : J'aimerai donné plus de réalité à mes sentiments en les recouvrant de peinture... Donc mes sentiments sont dessinés et la peinture les enveloppe. D'où la peinture a une mission que la forme ou le trait n'ont pas. Pourquoi ?

- J'ai commencé à taper ton projet, regarde ! >>. Yame ouvre la pochette, surprise !

- Je suis heureuse, c'est superbe ! Tu as travaillé après tes heures de boulot !

Pendant qu'elle feuillette les textes, Yame sent le regard de Pierre fureter le travers sa manche et essayer de décrypter son bandage. Ils finissent ensembles Chez lui. Discussion... Une de ses amies téléphone, il prend le combiné et à chaque réponse Pierre associe Yame à son quotidien en appuyant fortement sur le on et le nous. Une heure après, il est de nouveau question de leur séparation. Elle s'endort son bras droit sous son cou, l'autre entre ses deux mains qu'il sert avec force. Insomnie agréable...

 

Mardi soir. La tequila coule à flot. Yame a rendez-vous avec un pote taxi Vert quatorze dans un restaurant mexicain. Il y a une odeur de fête : sourires, embrassades, jeux de regards croisés, pantalons moulants, cuir, sous-vêtements segmentaires, lèvres grasses et des formes à profusion... Elle embarque une bouteille qui traîne sur une table en direction d'un nouveau bar que Vert quatorze veut à tout pris lui faire visiter. Découverte d'un nouvel espace, Yame offre à boire à tous ceux qui le désirent et elle finit la bouteille avec Gris trente neuf retrouvé en ces lieux dans un état déjà bien avancé. Une des patronnes vient, gênée par la générosité de yame à l'égard de sa clientèle. Elle est jeune et très belle, un personnage des années dix, fortement maquillée au charme d'un Blaue Reiter digne des princesses d'un Gabrielle Münter. De toute façon Yame est trop ivre pour accepter des toute forme de reproche. La jeune femme capitule très vite parce qu'elle rit et qu'elle avait envie de rire. Yame sait que les femmes l'attirent, elle a tout le temps envie de leur téter les seins. Elle rêve de se caresser le clitoris sur un téton bien fourni mais elle ne le fera pas car elle a peur de voir ses fantasmes mourir. Elle refuse de les transgresser et les garde bien en elle et uniquement pour elle. Elles font connaissance. Sous la pression, la tequila l'excite. Au levé du jour, avec Vert quatorze elle finit dans un pub métal; rockers, rappeurs, dealers, voyous, macros, musique violente, regards agressifs, cuisses, fessiers, fentes poitrinaires, tétons surdosés et mains. Sida, lames et calibres ne font qu'un mariés à l'indispensable asticot du box office, ce cher Mezcal. Ici, ni maghrébines ni belles beurettes mais va te faire foutre, trompe toi et leurs mecs te le feront vite savoir... Faire du social équivaut à faire de la retape, tu n'es ni blanc, ni noir, ni jaune ou métèque. Autochtones ou déracinés, hommes ou femmes tous dans le même wagon, on ne se cherche pas, on se trouve ! Il n'y a pas de paumés, mais des paroles vissées ou la main d'un deal et si ta gueule se plante au zinc c'est que tu y as ta place sinon tu dégages. Coucou romantisme et lyrisme, esprit es-tu là ? Vital et essentiel ou tout simplement existentiel lorsque la lame du rasoir te rappelle que la peau du menton est tendre et douce. La haine a ses codes dont tu te dois de respecter les règles, sinon... Manque plus que Virginie mais où est la belle Virginie la savante chienne de la pente? Vert quatorze rentre chez lui en voiture pour rejoindre son amie. Il réalise qu'il est trop ivre, fait demi-tour mais il renverse sa caisse sur les deux portes en heurtant le trottoir à l'angle de l'hôtel de ville, figure rare et cotée au pénal. Entre temps, Yame laisse son vieux pote Gris trente neuf. Gris trente neuf, c'est le poète-taxi-trotsko-pabliste-cégétiste et délégué. Polo se suicidera quelques jours après, ce fut leur dernière rencontre et peut-être sa dernière visite... Ces derniers temps, il ne signait plus ses chèques dans les restaurants mais mentionnait : à adresser à Gorbatchev au Kremlin... Le mur, Gris trente neuf, Polo ou Gorbatchev nous laisseront que des vagues dans l'âme, pleine ou creuse c'est selon la porte! 


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